Plan de vigilance, baisse de compétitivité ou création de valeurs ?

Par Thomas Busuttil et Baptiste Carpentier - 29/09/2017

Le respect des droits de l’homme est de longue date un sujet sur lequel les entreprises travaillent. Pourtant selon une récente étude de 2016 réalisée par le cabinet Vigéo, moins de 4 % des entreprises sondées ont formulé des engagements, une politique et des procédures dédiées… et 20 % ont fait l’objet d’au moins une controverse dans ce domaine…

Un sujet fondamental, mais un taux d'engagement et d'action très bas : pourquoi ?

 

Difficile de savoir. Mais il est certain que ce n'est pas du fait d'un manque de référentiels : de nombreux cadres et guides pratiques d'institutions ou d'organisations sectorielles et multisectorielles sont publiés chaque année. On peut donc se poser la question de la perception qu'ont les dirigeants de ce sujet. Est-ce une source de coûts et de contraintes supplémentaires qui leur ferait perdre en compétitivité ? Est-ce uniquement un levier pour renforcer la maîtrise des risques réputationnels ?

 

Une loi d'une ambition sans équivalent

 

C'est dans ce contexte socio-économique qu'est né le projet de loi sur le devoir de vigilance des sociétés mères et des entreprises donneuses d'ordres finalement publié au Journal officiel en mars 2017. Cette loi constitue aujourd'hui sans doute le cadre législatif le plus "contraignant" en matière d'obligation de vigilance des entreprises sur les impacts sociaux et environnementaux générés. En plus d'impacter la stratégie d'achats et d'approvisionnements, cette loi influence globalement les stratégies de supply chain : la responsabilité de l'entreprise donneuse d'ordres s'applique à l'ensemble des fournisseurs et sous-traitants, quel que soit le rang.

 

Entre 150 et 200 entreprises sont pour le moment concernées par cette loi. Mais il est probable que les seuils soient abaissés dans les années qui viennent (comme ce fut le cas pour les obligations en matière de reporting extra-financier).

 

Ces sociétés ont l'obligation de rendre public un Plan de vigilance composé d'une cartographie des risques, d'une politique dédiée, de mécanismes d'alerte et de suivi... c'est donc une obligation de moyens qui peut facilement être perçue comme une énième contrainte. Mais ce peut être aussi un levier de création de valeur. Ou plutôt de valeurS, dans la mesure où c'est une approche gagnant-gagnant qui semble importante à privilégier.

 

Le plan de vigilance, vecteur d'opportunités pour l'ensemble de la chaîne de valeur

 

En associant une approche par les risques à une approche stratégique à plus long terme, l'organisation pourra atténuer les menaces et tirer profit d'opportunités. En effet, le plan de vigilance peut (et doit) aussi être considéré comme un outil de performance qui permettra de :


o Mieux maîtriser ses risques fournisseurs par la connaissance de leurs pratiques sociales et environnementales, de leurs habitudes en termes de sous-traitance, etc.


o Renforcer le management de la qualité globale des produits. En rapprochant qualité intrinsèque du produit et qualité des modes de production, la démarche de vigilance permet de déployer une approche transversale de la qualité.


o Réduire les coûts. La mise en place d'un plan de vigilance permet de rationaliser le portefeuille de fournisseurs et de faire évoluer les pratiques habituelles. Alors certes un audit social n'est pas gratuit, mais quand il s'agit de revoir parfois profondément la gestion des stocks, des modes d'achats, etc., les économies d'échelle peuvent être très importantes.

 

Pour créer de la valeur, un plan de vigilance doit s'accompagner quasi systématiquement de la mise en place d'une approche partenariale avec les fournisseurs. Les évolutions de pratiques demandées à ces derniers peuvent parfois être très lourdes. Il est donc primordial de les accompagner et de leur laisser le temps de mettre en œuvre ces changements. Cette évolution de posture s'accompagne bien souvent du développement d'une approche plus participative et ouverte : co-développement de produit, partage de compétences, mise en place de modalités de paiement particulières, soutien à l'investissement, contrats pluriannuels, etc.

 

C'est ainsi la capacité à innover dans l'organisation, les produits, les processus industriels... et à être flexible qui croît significativement. Des atouts qui sont de plus en plus importants dans un contexte de forte instabilité du coût et de la disponibilité des matières premières et de réduction constante de la visibilité sur les marchés.

 

C'est à travers l'obligation de publication du Plan de vigilance que nous pourrons finalement observer le sens que prendra la loi : soit une simple (et ennuyeuse) mise en conformité, soit si l'approche est pragmatique et adaptée, un vecteur de création de valeurs globales à la fois économiques, sociales et environnementales et ce pour l'ensemble des parties prenantes de la supply chain.

 

En savoir plus.

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